Internet : levier de liberation politique OU de liberalisation economique - instrument de la connaissance OU outil d'une nouvelle dependance ?

Publié le 26 Février 2014

Internet : levier de liberation politique OU de liberalisation economique - instrument de la connaissance OU outil d'une nouvelle dependance ?

Internet est-il un levier de libération politique ou, plus prosaïquement, de libéralisation économique ? Un instrument de la connaissance ou l'outil d'une nouvelle dépendance ? Va-t-il accroître l'apartheid technologique ou permettre un bond en avant des pays pauvres ? Décryptage.


".../... Du 10 au 12 décembre 2003, se tiendra à Genève le premier Sommet mondial des Nations unies sur la société de l'information (SMSI). Il risque de tanguer entre les exigences du commerce et celles de la citoyenneté, entre les Etats censeurs et les défenseurs de la liberté, entre les partisans du «tout au privé » et les tenants d'un espace public universel.

Les objectifs que s'est assignés l'Union internationale des télécommunications (UIT), principale organisatrice du Sommet de Genève, se bousculent et s'entrechoquent dans un torrent d'ambitions et d'ambiguïtés. Pour cette organisation membre du «système des Nations unies», mais aussi très attentive à la raison d'Etat et aux grands milieux d'affaires, il s'agit en effet ni plus ni moins de réduire la «fracture numérique», de permettre l'accès universel aux technologies de l'information et de la communication, de favoriser le développement, la démocratie et la bonne gouvernance. Bien qu'il ait été précédé de nombreuses et parfois houleuses réunions préparatoires sur tous les continents, ce prochain Sommet des Nations unies est encore largement ignoré des médias. Quand il n'est pas boudé par des organisations de la société civile pour qui cette nouvelle «grand-messe» onusienne débouchera sur des paroles creuses, des controverses vaines ou des voeux pieux. Comme pour mieux confirmer ce scepticisme, une deuxième phase du Sommet aura lieu en Tunisie, un pays qui embastille les journalistes et surveille étroitement les internautes.

La géopolitique de l'information
Bien avant que les Nations unies ne leur consacrent un Sommet mondial, les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) ont déjà profondément recomposé le monde. Et même refaçonné les modes de vie et les rapports sociaux. Surfant sur les vagues de dérégulation, de libéralisation et de privatisation orchestrées par les organisations intergouvernementales et soutenues, très souvent, par les politiques d'aide au développement des pays industrialisés, les NTIC ont accompagné et accéléré le processus de globalisation de l'économie et des échanges. L'expansion des NTIC sur l'ensemble de la planète dessine ainsi une cartographie mondiale des rapports de richesse et de puissance. La société de l'information relève, en effet, de la politique et de la géopolitique. Pour les uns, les plaidoyers pour une totale liberté d'expression sur le réseau masquent la volonté des grands pays, détenteurs de la technologie et producteurs de contenus, d'imposer leurs normes et leur pouvoir. «Là réside la vraie fracture numérique, écrit Solveig Godeluck. Le réseau (...) se déploie autour d'un hypercentre américain, presque en étoile, alors que la vertu supposée d'Internet est justement sa décentralisation» (1). Pour les autres, les invocations de la souveraineté nationale camouflent mal l'exaspération des régimes autoritaires face à une technologie qui les contourne et les menace. C'est ce contexte qui donne au Sommet de Genève toute son importance. Il explique l'intérêt que lui portent les grandes entreprises transnationales, dont les stratégies d'investissement, les alliances et les choix techniques déterminent bien plus significativement encore que les Etats ce nouvel ordonnancement du monde. Il éclaire aussi les controverses, notamment sur le rôle et l'influence de la société civile, qui ont accompagné les sessions préparatoires et qui séviront sans aucun doute lors du Sommet. Derrière des débats apparemment techniques sur la sécurité des réseaux, la confidentialité des données, la cybercriminalité ou la protection de la propriété intellectuelle, les nouvelles technologies touchent en effet à des dossiers sensibles et essentiels. Le développement, la souveraineté nationale, la liberté d'expression, l'éducation, la diversité culturelle ou encore le droit international sont directement engagés dans les options et les priorités de la «société de l'information».

Libéralisation ou libération ?
A l'image de toutes les autres grandes décou-vertes technologiques, les NTIC, et surtout la plus emblématique d'entre elles, Internet, ont suscité de nombreuses utopies. Elles ont inspiré de multiples prophéties sur la fin de la censure et la victoire inéluctable de la liberté. Elles ont réanimé des visions optimistes sur les chances de développement et de rattrapage économiques des pays du Sud. Aujourd'hui, les illusions se sont modérées. «Il faut bien constater, écrit l'un des plus grands penseurs de la société de l'information, Manuel Castells, que l'instabilité, l'insécurité, l'inégalité et l'exclusion sociales accompagnent la créativité, la productivité et la création de richesses dans ces premiers pas du monde Internet. »(2) La «fracture numérique» entre le monde industrialisé et le monde en développement justifie à elle seule cette sobre appréciation des NTIC. «Malgré toute l'euphorie que suscite la révolution des communications et la perspective enivrante d'un monde entièrement interconnecté, notait Jeremy Rifkin, la réalité reste : 65% des habitants de la planète n'ont jamais effectué un appel téléphonique de leur vie et 40% d'entre eux n'ont pas accès à l'électricité.»(3) Près de 90% des internautes résident dans les pays industrialisés. Le monde riche, toutefois, n'échappe pas non plus aux «inégalités d'Internet». Aux Etats-Unis, 50% des Blancs utilisent Internet, mais seulement 23,5% des Noirs. En Wallonie, 71% des diplômés de l'enseignement supérieur ou universitaire disposent d'un accès à Internet, contre 49% pour les diplômés du secondaire supérieur, 24% pour ceux du secondaire inférieur et 8% pour les personnes qui n'ont qu'un diplôme primaire ou qui sont sans diplôme (4). L'«exclusion numérique» est une réalité qui se traduit par de nouvelles inégalités face au travail, à la consommation, à l'information et à la participation civique, les femmes isolées étant tout particulièrement absentes de l'âge numérique. Certains observateurs plus radicaux vont au-delà de ce constat et parlent de la «contre-révolution de l'information». Pour eux, les NTIC n'auraient fait que renforcer un processus de globalisation inique et auraient fourni aux Etats et aux Nouveaux Pouvoirs ? entreprises transnationales ou réseaux criminels mondiaux ? de nouvelles armes pour exploiter, contrôler, manipuler et asservir. «En fait, concluait le politologue canadien François Fourtier, les TIC servent plutôt bien l'accumulation capitaliste, sa mondialisation, l'assujettissement de la main-d'ouvre, la manipulation des consommateurs, l'hégémonisation du discours, la surveillance des citoyens et la répression de la dissidence. Elles contribuent donc peu à l'équité et à la démocratie. » (5)


L'ordinateur aux pieds nus
En 1980, dans son best-seller Le défi mondial, l'auteur français Jean-Jacques Servan Schreiber avait écrit le scénario optimiste de l'«ordinateur aux pieds nus » qui, symbolisant l'alliance entre le paysan pauvre du Sud et les nouvelles technologies du Nord, devait offrir au Tiers-Monde un raccourci vers le développement. Même si l'histoire des vingt dernières années nous a démontré qu'il n'en a rien été, cette équation vertueuse continue d'animer la plupart des organisations internationales. De nombreux exemples illustrent le rôle positif joué par Internet dans la diffusion de l'information scientifique ou médicale ou dans l'accès de petits producteurs aux marchés locaux ou internationaux. Et personne ne conteste que les déséquilibres économiques risquent encore de s'aggraver si les pays du Sud ne maîtrisent pas la révolution numérique. Les doutes apparaissent toutefois sur la voie à suivre : dans quelle mesure et à quelles conditions les NTIC peuvent-elles réellement contribuer au développement ? Comme l'explique James Steinberg, de la Brookings Institution de Washington (lire page 28), l'efficacité des NTIC comme levier de développement dépend en fait de facteurs qui se trouvent très souvent «en amont», comme les «ressources cognitives» et le degré d'alphabétisation. «L'accès aux TIC, notait le commissaire européen chargé des entrepises et de la société de l'information, Erkki Liikanen, est tributaire de la nature de l'infrastructure d'information et de communication, de l'état de développement des systèmes économiques et juridiques et des capacités éducatives et formatives.» (6)

Le grand échiquier
Ces enjeux expliquent les grandes manouvres qui ont entouré la préparation du Sommet mondial de la société de l'information. Celui-ci ne peut être analysé de manière isolée : il doit être replacé dans le contexte global des stratégies adoptées par les grandes entreprises du secteur ? télécommunications, médias, logiciels, etc. ?, mais aussi par les Etats et les institutions privées et publiques des pays du Nord. Il doit tenir compte des projets et des priorités des organisations intergouvernementales concernées, avec au premier plan, l'UIT et le PNUD, mais aussi l'Unesco, qui a joué un rôle déterminant ces dernières années pour promouvoir la liberté d'expression et la libre circulation de l'information. Les initiatives se sont multipliées pour organiser l'univers des NTIC. En 2000, le Forum économique mondial de Davos a lancé la Global Digital Divide Initiative, regroupant des gouvernements, des ONG et surtout de grandes entreprises comme AOL Time Warner et Microsoft, dans le but de «transformer le fossé numérique en une opportunité pour la croissance ». En 2000 aussi, le G8 a publié la Charte d'Okinawa sur la société globale de l'information et a mis sur pied la Digital Opportunity Task Force (Dot Force). En décembre 2001, la Commission européenne a, de son côté, adopté un projet destiné, selon les mots du commissaire au développement Poul Nielson, à «mettre les TIC au service des pauvres de la planète ». L'Union européenne a multiplié les projets dans les pays du Sud, à l'image de l'Alliance pour la société de l'information (@LIS) qui organise la coopération européenne avec l'Amérique latine dans le domaine des NTIC. Ces stratégies axées sur le développement ne sont pas politiquement incolores. Elles s'accompagnent le plus souvent de mesures de privatisation et de libéralisation qui sont présentées par leurs promoteurs comme une condition essentielle de la baisse des coûts de connexion et qui sont dénoncées par d'autres comme une aggravation de la dépendance et des inégalités. «Ce processus n'est pas acceptable s'il est laissé au gré des seules forces du marché, estimait le parlementaire européen Lone Dybkjaer. Il est crucial d'assurer le bon respect des critères définis ou soutenus par la sphère publique » (7). Crucial, par exemple, d'assurer un service universel qui mette les citoyens sur un pied d'égalité dans l'accès aux NTIC. «De nombreux éléments du savoir, notamment en matière scientifique, qui devraient appartenir au domaine public, ne sont pas ou plus accessibles à tous, car il est nécessaire de les acheter, souvent à un prix inabordable pour les utilisateurs les plus pauvres », constataient deux experts suisses, Alain Modoux et Daniel Stauffacher (8).

Babel
«Jamais la technologie des communications n'a été aussi perfectionnée, et cependant notre monde ressemble chaque jour davantage à un royaume de muets », notait il y a quelques années l'écrivain uruguayen Eduardo Galeano (9). Les révolutions technologiques de l'information sont encore souvent décrites comme une fenêtre ouvrant sur une «agora communicationnelle globale». Internet a permis sans aucun doute à des communautés «invisibles» de présenter leurs cultures et leurs revendications au reste du monde, à des diasporas de se retrouver, mais cet appui des NTIC à la protection de la diversité culturelle doit être replacé dans le contexte des rapports de force globaux. Les venelles de la diversité apparaissent bien dérisoires face aux autoroutes de l'information qui facilitent la pénétration de produits culturels déjà dominants et menacent ainsi les cultures minoritaires. Internet pose notamment la question des contenus et, dans la foulée, celle de la domination linguistique : 80 % des messages sont en effet en anglais, contre 5 % seulement en français, note Jean-Claude Crépeau, de l'Agence intergouvernementale de la Francophonie (voir page 23).

Des semelles de vent
Les NTIC, et surtout Internet, ont été décrits par de nombreux auteurs comme les instruments miracles de la démocratisation. «Imaginez qu'Internet s'impose en Chine, s'exclamait George W. Bush en 1999. Imaginez comme la liberté se répandrait ! ». Le courrier électronique et la Toile ont joué sans conteste un rôle décisif dans les grandes mobilisations sociales et politiques des dix dernières années. Dans beaucoup de pays autoritaires, des internautes ont réussi à jouer au chat et à la souris avec la censure (lire page 37). Des tonnes d'informations se sont brusquement retrouvées à un tapotement de clavier. Mais les succès réels des NTIC dans la promotion des libertés ne doivent pas faire oublier la part d'ombre de ces outils : Internet donne aux Etats la capacité de surveiller le réseau et d'espionner les citoyens et les dissidents. Il offre aussi aux groupes extrémistes, terroristes, intégristes ou racistes la possibilité de diffuser encore plus largement leurs messages de haine. La prolifération des blogs (10) ou l'activisme d'Indymedia, (l'agence de contre-information sur les grands sommets économiques), pour importants qu'ils soient, ne peuvent pas voiler non plus la réalité des rapports de force économiques. Même si le cyberespace foisonne de sites indépendants, impertinents et rebelles qui lui donnent l'apparence d'un énorme Woodstock de l'information, la concentration croissante dans le domaine des médias classiques (presse écrite, télévision, radios) et la position dominante de l'industrie américaine se reflètent, elles aussi, dans la galaxie Internet, sur les réseaux, les contenus et les concepts.

Controverses
Ces interrogations sur la liberté et la pluralité de l'information ont suscité d'âpres débats avant même l'ouverture du Sommet. Beaucoup d'Etats ne veulent en aucun cas ouvrir davantage leurs frontières à des pratiques «incorrectes», lisez libertaires, des NTIC. A Genève, le combat entre les claviers de la liberté et les ciseaux de la censure fera donc rage. Toutefois, une autre polémique s'est développée, mettant cette fois face à face des ONG qui, toutes, revendiquent pourtant leur attachement à la liberté d'expression. Un certain nombre d'associations spécialisées dans l'éducation aux médias ou dans l'information alternative, au service du développement ou de l'environnement, se sont regroupées au sein de la campagne CRIS (Communications Rights in the Information Society) pour promouvoir une vision «citoyenne et progressiste » de la Société de l'information (11). Le «Droit à la communication » est leur cheval de bataille. Dénonçant la marchandisation de l'information et la concentration des médias, le CRIS plaide pour une Société de l'information «fondée sur les principes de transparence, de participation, de justice sociale et économique, d'égalité entre les sexes et une approche équitable des questions identitaires et culturelles ». Même si elle s'engage à «combattre la surveillance et la censure commerciales et gouvernementales », la campagne a été froidement accueillie par la plupart des organisations de défense de la liberté de la presse, qui craignent que ce «droit à la communication » (voir page 50) n'entrouvre une porte aux Etats censeurs. «On assiste, notait Reporters sans frontières (qui a été interdit de participation au Sommet), à un retour insidieux de ce que, dans les années 70 et 80, on appelait le Nouvel ordre mondial de l'information. Une coalition hétéroclite de régimes communistes, de despotes afro-asiatiques et d'intellectuels occidentaux tiers-mondistes avait (.) tenté de soumettre la circulation internationale de l'information au contrôle des gouvernements. C'était bien entendu dans l'intérêt supérieur des peuples. Aujourd'hui les mêmes forces obscurantistes recommencent à parler, à propos des échanges d'information sur Internet, de souveraineté des frontières, de respect des normes et valeurs propres à chaque société, de sécurité et de cohésion nationales, d'atteintes à l'ordre public. Nous savons, hélas, depuis longtemps que, dans de nombreux pays, ces concepts apparemment peu contestables servent quotidiennement de justification à des poursuites et à de lourdes condamnations allant à l'encontre de la ligne officielle ». (12) L'équation entre la pluralité du monde et la liberté d'expression, entre l'affirmation du «droit à la communication pour tous » et la nécessaire indépendance et autonomie du journalisme, entre le développement économique et la démocratie politique, constituera l'un des tests les plus emblématiques du Sommet, de sa pertinence et de son utilité.


(1) La géopolitique d'Internet, Paris, Editions La Découverte, 2002, p. 25. Pour une vision de l'establishment américain sur la géopolitique des NTIC, lire NYE Joseph, The Paradox of American Power, Oxford University Press, 2002, 222 pages.
(2) La galaxie Internet, Paris, 2002, p.13.
(3) RIFKIN J., L'âge de l'accès, Paris, La Découverte, 2000, pp. 295-296.
(4) VENDRAMIN Patricia et VALENDUC Gérard, Internet et inégalités, Bruxelles ,Editions Labor, 2003, p. 17.
(5) Citoyens sous surveillance, la face cachée d'Internet, Montréal, Editions Ecosociété, 2002, p.90.
(6) «TIC et développement : combler la fracture numérique», Le Courrier ACP-UE, mai-juin 2002, p.37.
(7) «Diffusion des TIC dans les pays ACP : pourquoi, comment, et par qui ?», Le Courrier ACP-UE, mai-juin 2002, p.49.
(8) La Vie économique, 2-2003, p. 53. Daniel Stauffacher est délégué du Conseil fédéral suisse pour le Sommet mondial sur la société de l'information. Alain Modoux est l'ancien sous-directeur général de l'Unesco pour la communication et l'information.
(9) «Vers une société de l'incommunication», Le Monde diplomatique, janvier 1996.
(10) Journaux personnels en ligne. Voir PISANI François, «Internet saisi par la folie des weblogs», Le Monde diplomatique, août 2003, p. 9.
(11) Elles organiseront un contre-sommet à Genève début décembre. Parmi ces ONG, citons Panos London, Cameco (Catholic Media Council), MediaChannel, OneWorld, WACC (World Association of Christian Communications), ainsi que des analystes, comme Robert McChesney, Cees Hamelink ou Mark Raboy.
(12) Reporters sans frontières, La liberté de la presse dans le monde, Rapport 2003, Paris, p.7.

Lire plus : http://www.enjeux-internationaux.org/articles/num2/rdvgeneve.htm

Aux Etats-Unis, 50% des Blancs utilisent Internet, mais seulement 23,5% des Noirs.

65% des habitants de la planète n'ont jamais effectué un appel téléphonique de leur vie et 40% d'entre eux n'ont pas accès à l'électricité.

Près de 90% des internautes résident dans les pays industrialisés.

En Wallonie, 71% des diplômés de l'enseignement supérieur ou universitaire disposent d'un accès à Internet, contre 49% pour les diplômés du secondaire supérieur, 24% pour ceux du secondaire inférieur et 8% pour les personnes qui n'ont qu'un diplôme primaire ou qui sont sans diplôme.

Jeremy Rifkin

Enjeux internationaux

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