Le Cameroun et le Tchad désormais interconnectés

Publié le 6 Août 2015

Notre plus grand handicap jusqu’à présent était relatif aux coûts élevés des télécommunications. Mais grâce à la fibre optique, ceux-ci ont considérablement baissé. Par ailleurs, cette technologie va nous permettre de nous déployer au-delà des cinq zones rurales dans lesquelles nous œuvrions déjà

responsable de Genesis Telecare, entreprise promotrice de centres de télémédecine au Cameroun depuis 2009

Il y a aussi les avantages macroéconomiques liés au potentiel d'expansion des secteurs dépendant des TIC en Afrique centrale, comme les entreprises de services de technologies de l'information et de développement de logiciels. Etant précisé que les TIC sont une technologie non polluante qui contribue efficacement à la préservation de la nature et de l'environnement pour un développement durable. En effet les télé-services qui seront disponibles avec l'avènement du projet CAB vont réduire le déplacement des populations ce qui aura un impact positif sur la consommation des carburants et les dégagements des gaz polluants

Pierre Sonfack, Coordonnateur de la composante nationale

Le Cameroun et le Tchad désormais interconnectés

Les deux pays sont reliés par le câble à fibre optique depuis le 16 mars 2012, réalisant ainsi une grande avancée dans la cadre du projet de Réseau fédérateur à large bande de l’Afrique centrale. Celui-ci fait partie des programmes prioritaires 2010-2012 du NEPAD, dans le secteur des TIC.

L’aboutissement récent du chantier, dont les travaux ont été lancés le 1er septembre 2009, fait le bonheur des autorités, opérateurs économiques et autres populations de part et d’autre de la frontière camerouno-tchadienne. C’est que, les communautés rurale et urbaine se trouvant dans les localités traversées par la fibre bénéficient déjà des premières retombées de cette technologie. Au rang de celles-ci : l'accès sans discrimination à internet et aux services de télécommunications haut débit fiables à moindres coûts avec pour corollaire la réduction des déplacements, l’amélioration des opportunités éducatives à travers une augmentation de l'accès aux informations et aux ressources pédagogiques, la création d’emplois de qualité et une ouverture sur le monde, grâce à l’installation de télé-centres communautaires dans les zones reculées, au Cameroun en particulier. Sur le plan de la santé, la réduction de la fracture numérique qui s’ensuit, favorise l’émergence de la télémédecine. « Notre plus grand handicap jusqu’à présent était relatif aux coûts élevés des télécommunications. Mais grâce à la fibre optique, ceux-ci ont considérablement baissé. Par ailleurs, cette technologie va nous permettre de nous déployer au-delà des cinq zones rurales dans lesquelles nous œuvrions déjà », assure un responsable de Genesis Telecare, entreprise promotrice de centres de télémédecine au Cameroun depuis 2009.

Pour les experts en TIC, les boucles optiques urbaines développées à Douala et Yaoundé, tout comme l’interconnexion du Cameroun et du Tchad annoncent des lendemains meilleurs.

En effet ajouté aux réseaux d’accès, les fibres optiques nationales sont combinées au « Réseau de télécommunications haut débit à fibre optique de l’Afrique centrale » ou Central African Backbone (CAB). D’où découleront des avantages économiques incommensurables. Notamment à travers les opportunités offertes aux petites et moyennes entreprises, écartées jusque là de l’accès aux NTIC en raison de leur coût élevé. « Il y a aussi les avantages macroéconomiques liés au potentiel d'expansion des secteurs dépendant des TIC en Afrique centrale, comme les entreprises de services de technologies de l'information et de développement de logiciels. Etant précisé que les TIC sont une technologie non polluante qui contribue efficacement à la préservation de la nature et de l'environnement pour un développement durable. En effet les télé-services qui seront disponibles avec l'avènement du projet CAB vont réduire le déplacement des populations ce qui aura un impact positif sur la consommation des carburants et les dégagements des gaz polluants », explique Pierre Sonfack, Coordonnateur de la composante nationale.

Décidé en mai 2007 lors d'un sommet des chefs d'Etat de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) à N'Djamena, la capitale tchadienne, le projet CAB porte sur la pose de 2.660 km de câble de fibre optique dont 1.000 km d'infrastructure existante. Prévu en deux phases, il consiste, d'une part, à l'interconnexion sur plus de 1.000 km du Cameroun, de la Centrafrique et du Tchad en s'appuyant sur la fibre optique posée le long du pipeline Tchad-Cameroun, et d'autre part, à l'extension du réseau aux trois autres pays de la CEMAC que sont le Congo le Gabon et la Guinée équatoriale. La même extension concerne les 10 pays de la Communauté économique de l'Afrique centrale (CEEAC) qui, en dehors des 6 Etats de la CEMAC, se compose de l'Angola, du Burundi, de la République Démocratique du Congo (RDC) et Sao Tomé et Principe.

Dans sa présentation, il est indiqué que ce projet devra permettre aux pays enclavés de la région d'avoir accès au câble sous-marin à fibre optique SAT-3 à partir du point d'atterrissement de Douala ou à d'autres câbles sous-marins en cours de développement sur les côtes de cette partie du continent. Centre d'accueil des stations terriennes d'Intelsat et de Rascom, Douala s'impose comme un hub pour l'ensemble de la région. D'après les explications de Pierre Sonfack, le prolongement du réseau de N'Djamena jusqu'à la frontière soudanaise à Adré devra permettre de le connecter au réseau en fibre optique soudanais pour s'interconnecter aux câbles sous- marins East African (EASSY). Autrement dit, il s'agit d'un maillon du grand réseau TAB (Transfrican Backbone) qui, grâce à une interconnexion entre Douala et Port-Soudan, permettra d'écouler une partie du trafic international de l'Asie vers les Amériques et vice versa.

Mention « Peut mieux faire »

Pour le cas particulier du Cameroun, la description du développement de la dorsale nationale laisse découvrir un linéaire existant de 1.678 km, un projet chinois de l'entreprise Huawei de 3.431 km en cours, 750 km de fibre optique et un projet de 639 km de l'opérateur de l'électricité Aes-Sonel. Les projections annoncent 2.901 km à réaliser d'ici à fin 2012. Dans ce pays, la demande sans cesse croissante de la bande passante internationale a favorisé le développement de multiples réseaux à fibre optique sous-marins: ACE avec comme point d' ancrage prévisionnel la ville balnéaire de Kribi dans le Sud, WACS avec Limbe, autre ville balnéaire dans le Sud-Ouest, comme point d'ancrage, Main One, GI01, Teams, Seacon, Lion.

Selon le ministre des Postes et Télécommunications, Jean-Pierre Biyiti bi Essam, les services des télécommunications et des technologies de l'information et de la communication ont connu au cours des cinq dernières années un accroissement exponentiel au Cameroun. Mais en même temps, reconnaît-il, le coût des télécommunications reste relativement élevé et l'infrastructure large bande est encore insuffisamment développée. Egalement, la couverture du téléphone fixe demeure faible, tandis que celle du téléphone mobile, qui garde pourtant une belle capacité d'accélération susceptible d'intéresser de nouveaux opérateurs, mérite la mention « peut mieux faire ». C’est que le Cameroun est réputé pour être un pays où les coûts des services Internet sont élevés : 67 dollars US en 2007, alors que la moyenne en Afrique subsaharienne est de 43 dollars et 21 dollars au plan mondial. Une étude de la Banque mondiale en 2008 sur l'indice de développement de la gouvernance électronique des Nations Unies, "e-Gouvernement Readiness Index", l'avait classé 149e sur 182 pays avec un indice de 0,2734.

Avec un appui de 215 millions de dollars US sur 10 ans dont un premier décaissement de 26 millions de dollars décidé en septembre 2009, la Banque Mondiale est le principal bailleur de fonds du projet CAB. 200 millions de dollars supplémentaires sont attendus d'autres institutions financières comme la Banque Africaine de Développement (BAD) et la Banque Islamique de Développement (BID). « L'UIT est un ouvrier qui se met au labeur pour ce projet dont elle est partie prenante de la conception jusqu'à l'aboutissement. C'est un projet très important qui vient compléter le dispositif de connecter l'Afrique, qui est le maître-mot de l'Union internationale des télécommunications pour les Objectifs du Millénaire pour le Développement dont la date butoir est 2015 », indique le chef du bureau sous-régional pour l'Afrique centrale de l'Union internationale des télécommunications (UIT) à Yaoundé, Jean-Jacques Massima Landji. « Il faudrait que l'ensemble des capitales africaines soient non seulement connectées entre elles, mais interconnectées au reste du monde en ce qui concerne ce qu'on appelle la large bande, c'est-à-dire les capacités de haut débit qui permettent que cette société de l'information soit inclusive, efficace et dynamique grâce au partage des savoirs et de la connaissance de toutes les régions du monde », conclut-il. Avec Yaoundé et Ndjamena, le processus est certainement en bonne voie en Afrique centrale.

L’auteure Yvette Mbassi, Camerounaise est journaliste à « Cameroun Tribune »

source : http://www.nepad.org/fr/regionalintegrationandinfrastructure/news/2678/le-cameroun-et-le-tchad-d%C3%A9sormais-interconnect%C3%A9s?utm_content=buffer544d1&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

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