Redressement judiciaire pour le réseau social Viadeo qui vaut 2440 fois moins que Linkedin

Publié le 1 Décembre 2016

Ils ont brûlé énormément de cash à essayer de s'internationaliser, mais ils se sont attaqués à des marchés trop durs pour eux

Jérôme Colin, analyste chez Roland Berger

Comment Viadeo a fini par valoir 2.440 fois moins que LinkedIn !

Comment Viadeo a fini par valoir 2.440 fois moins que LinkedIn, un article de Nicolas Richaud Journaliste high-tech/médias @LesEchos

Mardi, le réseau social professionnel français a été placé en redressement judiciaire.

Fût un temps, Viadeo était régulièrement comparé, mesuré, confronté à LinkedIn et le réseau social professionnel français tentait de faire jeu égal avec l'Américain. L'année 2016 marque la fin du duel - qui n'en était plus un depuis quelques années déjà - et le décompte des points est cruel pour le premier.

Mardi soir, Viadeo a été placé en redressement judiciaire , quelques jours après sa cotation a été suspendue à la Bourse de Paris. Sa capitalisation boursière avant la suspension ? A peine 10 millions d'euros. De son côté, l'Américain a été racheté par Microsoft moyennant 26 milliards de dollars (soit 24,4 milliards d'euros).

Traduction, LinkedIn « vaut » 2.440 fois plus que son concurrent français...

Créé en 2004 sous le nom de Viaduc, le réseau social professionnel devient Viadeo en 2007, date à laquelle il entreprend déjà de s'internationaliser. Cette année-là, il achète le chinois Tianji puis l'indien Apna Circle. En 2009, le Français acquiert également le canadien Unyk, (16 millions de membres). A l'époque, la société française revendique 25 millions de membres contre 48 millions pour LinkedIn.

Une expansion coûteuse

En 2010, Viadeo est déjà présent au Canada, en Espagne, au Royaume-Uni, en Italie, en Chine, en Inde, au Mexique et ouvre un bureau aux Etats-Unis où le fondateur et PDG emblématique Dan Serfaty pose ses valises. Tandis qu'un groupe comme l'allemand Xing creuse, avec succès, son sillon sur son marché domestique et les pays germanophones, Viadeo part à l'assaut du monde et se concentre surtout sur les marchés émergents.

Mais cette expansion a un coût. « Ils ont brûlé énormément de cash à essayer de s'internationaliser, mais ils se sont attaqués à des marchés trop durs pour eux », estime Jérôme Colin, analyste chez Roland Berger. Autre erreur rédhibitoire, le Français a opté pour un modèle économique qui bride la croissance de son parc d'utilisateurs. Pour monétiser ses services, Viadeo vend des abonnements payants à ses utilisateurs.

« Ils ont trop poussé les feux à ce niveau-là. L'intérêt de leur plate-forme, en gratuit, était trop limité et cela a fini par lasser beaucoup d'utilisateurs », note Jérôme Colin. Cette offre est, en plus, très dure à développer dans les pays émergents sur lesquels Viadeo a misé. De son côté, Linkedin mise sur les recrutements facturés aux entreprises et les services de ressources humaines (RH) pour rentabiliser son modèle. Un positionnement sur le segment professionnel qui s'avérera payant.

Un souci de monétisation

En 2012, Viadeo réalise une quatrième levée de fonds et récolte 24 millions d'euros puis entre en Bourse en mai 2014. Il vise alors une valorisation comprise entre 180 et 200 millions d'euros, soit 70 fois moins que LinkedIn. Déjà .

L'écart n'est pourtant que de 1 à 5, au niveau du nombre de membres, entre les deux concurrents puisque le Français en revendique alors 60 millions - dont 9 millions en France et 20 millions en Chine, son premier marché en volume -, contre 300 millions pour LinkedIn. 

Les raisons d'un tel différentiel de valorisation ? Viadeo génère 95% de son chiffre d'affaires sur le sol français, ce qui signifie qu'il ne parvient à monétiser que 9 millions de ses membres quand LinkedIn est parvenu à en valoriser 300 millions. Sur l'année 2013, Viadeo a dégagé 30 millions d'euros de revenus contre 1,5 milliard de dollars pour Linkedin.

Après un pic à 148,5 millions d'euros en juillet 2014, la capitalisation boursière de Viadeo fond mois après mois et les mauvaises nouvelles s'accumulent. Sur l'exercice 2014, le groupe creuse ses pertes à 13,4 millions d'euros (après 13,1 millions d'euros l'année précédente). Un montant élevé étant donné son chiffre d'affaires qui recule encore, à 28 millions d'euros. A elle seule, sa filiale chinoise accuse une perte opérationnelle de 5 millions d'euros.

Fin 2015, Viadeo annonce qu'il arrête les frais en Chine et ferme cette filiale devenue son principal foyer de pertes. Moins d'un mois plus tard, Dan Serfaty quitte son poste de PDG ainsi que le conseil d'administration. De nouveau, Viadeo accuse une très lourde perte sur l'exercice 2015, à 23,3 millions d'euros, quasiment au niveau de son chiffre d'affaires qui a encore reculé, à 24,3 millions...

Un recentrage bien trop tardif

En Bourse, le titre ne vaut plus que quelque 10 millions d'euros. En mai dernier, la nouvelle direction annonce qu'elle se recentre sur la France et qu'elle part en quête de nouveaux financements . Mais il est bien tard pour redresser la barre. Mi-novembre, le réseau social professionnel fait savoir qu'il est à court de financement et demande sa suspension de cours, sa trésorerie n'était plus que de 1,3 millions d'euros.

Reste maintenant à voir si les actifs trouveront preneur. « La plate-forme technique est de qualité, ils ont de bons produits pour les professionnels, la base d'utilisateur est conséquente et la marque a quand même encore une certaine valeur, surtout en France », juge Jérôme Colin.

En attendant, cet épisode marque la fin d'un des plus gros espoirs de la tech française du milieu des années 2000 avec DailyMotion et Deezer.

L'auteur de l'article : @NicoRichaud 

source :  http://www.lesechos.fr/tech-medias/medias/0211547019990-comment-viadeo-a-fini-par-valoir-2440-fois-moins-que-linkedin-2046885.php#QKA2Es0KEfD2X8IX.99

 

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