En matière d'émotion, difficile de remplacer l'événementiel

Publié le 28 Avril 2017

Pendant longtemps, les rituels païens ou religieux ont offert à la population de vrais moments de communion. En ce XXIè siècle hybridé au virtuel, ce sont les grands événements sportifs ou festifs, les commémorations, les galas caritatifs... qui donnent l'occasion de vivre ces temps d'émotion partagée et de faire société, IRL.

 

Le constat est pour le moins paradoxal.

Dans un monde de plus en plus digital, où nous sommes à un clic de nos amis réels ou virtuels, il est de plus en plus fréquent de se sentir seul. Les moments qui permettent de partager des élans collectifs n’en sont que plus précieux ! « Les événements qui se vivent sur l’espace public sont le ciment de la société depuis les jeux du stade, observe Dan-Antoine Blanc-Shapira, président-fondateur de l’agence Sensation. Les gens ressentent une nécessité de converger, d’échanger, de partager des émotions. Plus on passe de temps sur le digital, plus il faut ménager des moments qui sont comme des parenthèses, où on peut se rencontrer dans la vraie vie. »

 

Quand le public se déplace sur un événement, le temps de contact est plus long que lorsqu’on le vit par média interposé. L’interaction entre émetteurs et récepteurs et entre les récepteurs eux-mêmes a le temps de se construire… « On garde en mémoire ce que l’on a vu, parfois on l’enjolive, mais on a surtout le sentiment d’avoir vécu quelque chose collectivement. À distance, on ressent de l’admiration, de l’étonnement ou de la surprise, mais rarement de l’émotion… », ajoute Pierre Marcout, président et directeur artistique de Prisme Entertainment.

 

 

Un catalyseur d’énergie pure

 

Y a-t-il pour autant une « recette » pour faire naître et amplifier l’émotion ? « On travaille moins sur des techniques ou des technologies que sur nos propres émotions, témoigne Béatrix Mourer, cofondatrice de Magic Garden. Dans le mix entre les images, la musique et la chorégraphie, les éléments doivent se répondre et toucher le cœur des gens. Quand on leur propose des prétextes pour échanger et se rencontrer, ils participent volontiers. »

 

Le sport est ainsi un vecteur puissant d’émotions partagées. Assister à un match au stade reste une expérience incomparable, qui doit beaucoup à ce qui se passe sur le terrain, mais aussi dans les gradins. Rien d’étonnant à ce que 80 000 personnes aient choisi, malgré le contexte sécuritaire, d’assister ensemble à l’Euro 2016 sur la fan zone du Champ-de-Mars à Paris ! C’est aussi une grande fête au cœur de la ville que Paris veut offrir au public avec sa candidature pour les jeux Olympiques 2024 : « Le sport illustre le respect des règles, la promotion de l’homme et de la femme, la valeur du travail, l’accueil… Quand un état d’esprit collectif se déploie autour de ces valeurs, cela devient magique !, note Saint-Clair Milesi, directeur de la communication du comité de candidature. C’est aussi une occasion unique pour ouvrir les portes d’un pays sur le monde, d’être un catalyseur pour le moral de la population et le développement des infrastructures. Plus de 80 % des Brésiliens sont satisfaits de la manière dont les JO de Rio se sont passés et attendent la prochaine manifestation internationale. » Paris 2024 a prévu de positionner certaines des épreuves au cœur de lieux emblématiques comme le Grand Palais, la tour Eiffel, le château de Versailles… La capitale veut faire partager aux spectateurs l’art de vivre français et offrir aux sportifs un supplément d’inspiration.

 

 

Une fièvre utile…

 

Emblème de Paris et de la France, la tour Eiffel est régulièrement mise à contribution. « L’alliance entre un grand monument et une cause crée un symbole très fort et facilite la médiatisation de l’événement, notamment à l’international », commente Sylvette Bidorini, DG de DS Events, qui orchestre les manifestations autour d’Octobre rose pour l’association « Cancer du sein, parlons-en ! » Face à un même événement, notamment l’illumination en rose de la tour Eiffel, tous les publics ne ressentent pas forcément la même émotion. « Ceux qui sont touchés par la maladie le vivent comme un hommage et un moment d’empathie qui redonne du courage, car, chaque année, la recherche progresse. Les autres sont sans doute plus touchés par le spectacle… Dans tous les cas, c’est une émotion utile. »

 

La magie du collectif opère même sur des thématiques qui pourraient sembler élitistes. Chaque 14 juillet, le Concert de Paris rassemble plus de 200 000 personnes devant la tour Eiffel avec une programmation de musique classique, proposée avant le feu d’artifice. « Il n’y a pas un public uniforme, mais plusieurs publics, ce qui fait la force du projet, souligne Yannis Chebbi, DG d’Electron Libre Productions. Les gens viennent voir un spectacle magique, s’initier en famille, communiquer entre eux… La poésie va crescendo du début à la fin de cette soirée, mais la plus belle émotion intervient toujours au moment de la Marseillaise, qui termine systématiquement le concert. Le public se lève comme un seul homme, pas par patriotisme, mais dans une ambiance bon enfant qui rassemble les familles, les gamins des cités, les étrangers de passage à Paris… C’est toujours une photo de la France qui exprime une grande fraternité. »

 

 

… spectaculaire et pérenne

 

Si certaines émotions se vivent de manière assez instantanée, d’autres se construisent dans le temps. En août 2015, lorsque le Secours Populaire a organisé une Journée mondiale des oubliés des vacances, l’enthousiasme des participants avait pris forme bien avant le début de cette journée de vacances ! « Même s’ils ont été reçus à Matignon, puis ont enchaîné sur une grande chasse aux trésors et un pique-nique au Champ-de-Mars, pour beaucoup d’enfants, le point d’orgue de la journée restait le concert avec leurs artistes favoris, remarque François Chabiron, directeur de la communication d’Auditoire. Les 70 000 personnes présentes ont participé au plus grand flashmob au monde sur la chanson On danse de MPokora, puis les enfants ont dansé ensemble pendant quatre heures… »

 

La ferveur se prolonge parfois bien après l’événement. Les bénévoles normands qui ont participé à la commémoration du 70e anniversaire du Débarquement (organisée par Magic Garden en 2014) ont créé sur Facebook un groupe qui est toujours actif. « Ce qu’ils ont vécu sur le moment était tellement fort que le lien social perdure, atteste Béatrix Mourer. La commémoration était l’occasion de rendre hommage à des membres de leur famille, chacun avec une motivation très personnelle. Certains ont retrouvé un rôle dans la société. Tous étaient très impliqués. Beaucoup ont pleuré avant ou après. »

 

Les réseaux sociaux et les plateformes vidéo amplifient l’audience et la médiatisation des événements, ce qui est essentiel lorsqu’ils sont associés à une campagne de dons ou qu’ils doivent (aussi) attirer des sponsors. La viralité crée des ponts à l’échelle locale ou mondiale, entretient le lien avec l’événement ou la cause. Ceux qui n’ont pas eu la chance de les vivre en live peuvent tenter de ressentir un peu de la ferveur qui s’est déployée…

 

source : http://www.influencia.net/fr/actualites/media-com,conversation,matiere-emotion-difficile-remplacer-evenementiel,7368.html?

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