Quel est l’état du terrorisme en Afrique ces dernières années ? Kidnap and Ransom (KNR)

Publié le 13 Juillet 2017

Depuis 2015, on a constaté un regain du terrorisme sur le continent africain.

La faiblesse des États et le développement du banditisme y ont largement contribué. L’expansion d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) sur le continent est de plus en plus importante : la Côte d’Ivoire, le Mali, etc.

Quel est l’état du terrorisme en Afrique ces dernières années ? Kidnap and Ransom (KNR)

En 2015 nous avons vu des signes avant-coureurs du même modus operandi qui ont mené plus tard aux attentats du 15 janvier à Ouagadougou au Burkina Faso et du 13 mars 2016 en Côte d’Ivoire. Une vague de terrorisme a d’ailleurs touché le Burkina Faso en 2015 et 2016 avec plus d’une vingtaine d’attentats menant l’ancien gouvernement de Blaise Compaoré à pactiser avec certains groupes terroristes.

Une autre dynamique contribue à renforcer l’extension du terrorisme : la concurrence entre Daesh et AQMI sur le sol africain tend à étendre la menace terrorisme plus au Sud sur le continent. Ainsi, les groupes terroristes locaux s’intègrent peu à peu dans ces mouvements via une mutualisation des moyens qui ont tendance à donner plus de puissance à ces groupes terroristes majeurs. La porosité des frontières favorise le passage des armes et de l’argent d’un groupe à l’autre, mais également le passage de terroristes issus d’autres États.

La situation chaotique de la Libye a renforcé ces dynamiques et a largement contribué au passage d’armes dans les pays d’Afrique plus au Sud.

De nombreuses entreprises françaises sont expatriées sur le continent africain. En décembre 2015, on estime que sur 1,7 millions d’expatriés français dans le monde, 7,1% d’entre eux vivent en Afrique francophone et 6,5% en Afrique du Nord.

 Comment évolue la situation au Mali où les troupes françaises sont engagées ? 

 Fin avril, plusieurs djihadistes ont été neutralisés non loin de la frontière avec le Burkina Faso. Le terrorisme continue d’y sévir de façon incontrôlée. La création du Jamaat Nusrat al-Islam wal Muslimine, Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (RVIM) après la fusion de cinq groupes terroristes sahélien en mars 2017 en est la preuve flagrante. Ils gagnent peu à peu un soutien populaire dans la région comme l’appui de la communauté Touareg au nord Mali et les populations très marginalisées.

Leur mode opératoire est peu couteux et efficace car les cibles occidentales sont nombreuses dans la région. Il y a par exemple plus de 8 000 ressortissants français au Mali. Les entreprises sont ciblées car elles sont une source de revenus potentiels conséquentes via ce que l’on appelle le KNR, « Kidnap and Ransom ». Outre le trafic de drogue, les rançons pour des otages représentent 90% du financement de ces groupes terroristes, ce qui rend les entreprises occidentales expatriées dans la région très attractive pour eux.

L’origine du risque est donc aussi bien criminelle qu’idéologique.

 Face à cela, comment réagit la population locale ?

Deux types de tendances ont émergées dans la population, qui sont complémentaires :

Dans un premier temps, un regain de l’Islam dans les pays où l’islamisation a été plus tardive et l’effet du « nouveau converti » montre que les populations de ces pays sont en quête de religieux. Des pays comme le Mali, ou encore le Nigéria sont touchés par le phénomène.

Dans un deuxième temps, on voit bien que les États dans lesquels les groupes terroristes gagnent le plus de terrain sont des États très faibles. Ils n’investissent pas dans les structures sociales : il y a peu d’écoles, d’hôpitaux et de structures de santé, aucune ou peu de justice et beaucoup de corruption. L’État laisse donc un vide social que les groupes islamistes terroristes viennent combler.

Ils investissent dans ces structures et apportent une forme d’éducation et de justice, et y mettent en avant des prêcheurs d’un islam radical et proche des mouvances terroristes. Bien qu’idéologiquement orientées ces structures sont bien accueillies par les populations locales très pauvres.

Plus les institutions étatiques sont faibles, plus le terreau est fertile pour l’instrumentalisation des citoyens par les terroristes. Cela me fait penser à une citation très juste, reprise dans un article du 2 mai 2017 de Jean-Dominique Merchet qui cite un général français : « Si l’on veut une paix durable, il ne peut y avoir de décalage entre l’action militaire et le développement ».

Cette dynamique d’extension est-elle donc amenée à perdurer ?

 Non seulement elle est amenée à perdurer mais également à s’enraciner.

La concurrence entre AQMI et Daesh dans la région va certainement renforcer cette extension, et les mouvements prennent de plus en plus pieds au sein des populations.

De plus, le modus operandi des groupes terroristes comme Boko Haram consiste à attirer l’attention des médias pour gagner en popularité et en influence dans la région. Attentats et prises d’otages sont des menaces très importantes pour les expatriés occidentaux et plus particulièrement pour les français puisqu’ils sont dans la ligne de mire idéologique de ces terroristes.

D’autre part, les mouvances djihadistes sont constituées par des personnes qui bougent en permanence de leur pays d’origine, vers les pays où ils rejoignent ces groupes. Ils rentreront un jour, et le retour de ces combattants terroristes dans leurs pays d’origine risque de causer de lourdes tensions au sein de ceux-ci, voire pire, ils pourraient y créer leurs propres mouvances.

Je pense surtout à la Tunisie, premier « fournisseur » de combattant djihadistes au monde et qui vient à peine de sortir des Printemps arabes. Je pense également au Soudan où le pays est politiquement instable depuis plusieurs années.

 Quel est le risque pour les entreprises implantées dans ces pays ?

 Les armées africaines ne sont pas encore bien formées à la lutte anti-terroriste. Elles manquent de financement, de matériel qui fonctionne, d’entraînement, de formation. Dans certains États, elles sont même assez peu développées du fait du manque de conscience nationale, comme en Somalie par exemple.

Leurs systèmes de renseignement sont inopérants et les armées ont du mal à se consolider et à protéger leur propre pays.

Ceci explique le manque de motivation des armées locales pour la protection des entreprises et chantiers occidentaux. Lafarge en a fait les frais et a été attaqué deux fois par Boko Haram au Nigéria pour ne citer que cet exemple.

 Que peuvent faire les entreprises face à cette extension du terrorisme ?

 De façon générale, il y a trois risques auxquels font face les entreprises : le Kidnap and Ransom (KNR), l’attentat terroriste et la guerre civile.

Pour les individus expatriés sur place.

Il est connu que les rançons sont souvent payées. D’autre part, la France est un ennemi idéologique très important pour les terroristes. En conséquence les expatriés français sont particulièrement ciblés par les enlèvements. Il est important de garder en tête certaines mesures évidentes de précaution :

  • Ne pas afficher les logos d’entreprise sur les valises par exemple ;
  • Ne pas aller dans les zones référencées dangereuses par l’ambassade de France ;
  • Ne pas prendre de taxi, mais uniquement des chauffeurs de l’entreprise ou de personnes qu’on a identifié auparavant ;
  • Ne pas aller dans les hôtels reconnus comme étant ceux des expatriés mais favoriser des hôtels moins connus et plus petits (de même pour les restaurants) ;
  • Si c’est mis à disposition par l’entreprise, utiliser l’application qu’elle fournit pour être géolocalisé et informé de la situation sécuritaire en temps réel.
  • En cas d’attaque terroriste : si c’est possible, la première chose à faire est de s’échapper. Dans le cas où ce n’est pas possible, il faut suivre les instructions données par le gouvernement français et se calfeutrer. On éteint le son et le vibreur de son portable, on reste dans sa chambre, et on bloque toutes les entrées.

 

Comment réagir en cas d'attaque terroriste ?

Comment réagir en cas d'attaque terroriste ?

Pour les entreprises implantées en Afrique.

Certaines entreprises sont plus symboliques et par conséquent plus visées que d’autres, comme Total. Elles peuvent faire face à plusieurs crises : un employé kidnappé, un site attaqué, des victimes à rapatrier, des expatriés à exfiltrer en cas de guerre civile, etc. Il serait prudent pour ces entreprises :

  • D’avoir une assurance spécifique pour le KNR sans pour autant communiquer sur le sujet et rendre plus « attirant » ses propres employés. Eux-mêmes ne devraient pas le savoir.
  • D’avoir un plan de crise : si cela arrive que fait-on, que dit-on comment gère-t-on les autorités françaises ? Comment coordonner les actions du ministère des affaires étrangères, de l’entreprise de sûreté, etc.
  • Attention : parfois, les nouvelles circulent via les réseaux sociaux, il est donc important de surveiller ces réseaux et de commencer à émettre des messages d’empathie aux familles des victimes sans attendre de confirmation officielle du gouvernement

source : https://www.linkedin.com/pulse/rencontre-avec-x-les-entreprises-face-%C3%A0-lextension-du-herv%C3%A9?trk=v-feed&trk=v-feed&lipi=urn%3Ali%3Apage%3Ad_flagship3_feed%3B%2FT7DuC3bxXeVos9ztJ16aw%3D%3D

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